L'univers d'Ambre
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L'univers d'Ambre est immensément vaste, et ce sans que Zelazny ait eu besoin d'en détailler les moindres recoins. Je ne m'aventurerai pas sur les terrains glissants de la philosophie, mais c'est un sujet que ne négligeait pas Zelazny. Ses livres sont riches en questions sur la nature de la réalité, le solipsisme et la création d'autres mondes issues de nos fantaisies. Cette remarque est d'ailleurs valable pour presque tous ses ouvrages, pas seulement Ambre.
Si vous n'avez pas lu les romans et désirez le faire, n'allez pas plus avant dans cette page car son contenu est révélé avec subtilité et parcimonie à travers les pages des dix tomes ! Je ne raconte pas toute l'histoire, mais j'en dis bien trop pour ménager le suspens (d'autant plus que les Chroniques commencent avec un personnage principal amnésique, ce qui permet au lecteur de découvrir l'univers en même temps que lui !)
Le tracé de la Marelle
Avant n'était que le Chaos Primaire, une entité changeante et sans rythme dans laquelle régnaient les Seigneurs du Chaos sous la bannière du Serpent. Mais un jour, l'un de ces Seigneurs, possédé par une vision créatrice, déroba son œil gauche au Serpent du Chaos et y trouva la concrétisation de sa vision. Avec lui il traça la grande Marelle d'Ambre, dans son sang et en lettres de feu. Et là où auparavant n'existait que le Chaos se trouvait désormais un symbole d'Ordre. L'univers était désormais pourvu d'un centre, d'un sens.
Ce Seigneur du Chaos renégat, Dworkin, échappa de justesse au courroux de ces pairs avec la bénédiction de la Licorne, animal mythique qui allait devenir le symbole de sa création comme le Serpent était celui du Chaos.
La création de la Marelle eut des répercussions énormes : elle se refléta dans l'univers comme un caillou crée des ronds dans l'eau lorsqu'on le jette dans un étang calme. Et chaque reflet était à l'image de la Marelle. Mais l'univers n'était que Chaos et l'influence du Chaos fit que ces reflets différaient de plus en plus de l'originale à mesure que l'on s'éloignait de la Marelle. Ces reflets sont appelés les ombres de la Grande Marelle et, grâce au Chaos, contiennent toutes les variations possibles de la Marelle, autrement dit toutes les variations possibles tout court.
Afin de dissimuler la Marelle aux yeux des Seigneurs du Chaos et pour en faciliter le contrôler, Dworkin s'établit non pas près d'elle mais près de son premier reflet et y fonda le royaume d'Ambre. Il eut un fils, Obéron, avec la Licorne et le plaça sur le trône d'Ambre (presque) au centre de l'univers.
Ainsi, les ombres sont des mondes reflets de celui d'Ambre mais les différences s'accentuent à mesure que l'on s'enfonce dans le Chaos. Notre Terre n'est, par exemple, qu'un reflet d'Ambre parmi tant d'autres.
Le royaume d'Ambre
C'est ainsi que le royaume d'Ambre s'établit, par définition, au centre de l'univers. Obéron y était roi et Dworkin, lorsqu'il était là, était le précepteur de ses enfants. Il leur dissimula presque tout ce qu'il y avait à savoir sur les origines de leur royaume, mais les guida dans l'épreuve de la Grande Marelle. En effet, tout descendant de Dworkin porte en lui le pouvoir d'influencer les ombres, créations de la Marelle, elle-même création de Dworkin, et il peut réaliser ce potentiel en traversant la Marelle d'Ambre, tracé de feu situé dans les sous-sols du palais royal.
Les enfants d'Obéron sont, tout comme leurs ancêtres, immortels et l'épreuve de la Marelle leur confère le contrôle d'Ombre, ce qui en pratique signifie le contrôle de la réalité environnante : toute chose existe quelque part en Ombre, donc voyager à travers Ombre est synonyme de modifier le contenu de l'ombre dans laquelle on se trouve. Mais se rendre dans une ombre conforme à ses désirs n'est-il qu'un déplacement vers une ombre préexistante, ou cet acte est-il un acte de création ? Question à laquelle les spécialistes de la Marelle n'ont jamais pu répondre.
Mais Obéron savait que ses enfants, puissants et immortels, ne trouveraient pas d'adversaire à leur mesure dans l'univers et qu'avec le temps certains se mettraient à convoiter le trône d'Ambre pour régner sur toute chose. Alors il les éleva tous dans un esprit de compétition impitoyable, leur faisant prendre conscience que les seuls adversaires dignes d'eux qu'ils pourraient trouver n'étaient autres que leurs frères et leurs sœurs. Ainsi, les princes et les princesses d'Ambre étaient trop occupés à se perfectionner dans leurs arts et à comploter les uns contre les autres pour penser sérieusement à détrôner leur père. En outre, Obéron se remariait sans cesse, brouillant l'arbre généalogique et les légitimités pour que la succession fût un sac de nœuds inextricable.
Les Cours du Chaos
Voyagez à travers les ombres, toujours plus loin d'Ambre. Peu à peu le monde autour de vous accentue ses différences avec la Terre Réelle (nom traditionnellement donné à Ambre, puisqu'elle est le seul lieu inaltérable donc réel). Au bout d'un moment, le Chaos commence à reprendre ses droits comme l'influence de la Marelle décroît et les ombres deviennent folles. Encore plus loin, asymptotiquement loin, la Marelle n'a plus aucune influence et le Chaos règne là comme avant.
À la frontière du Chaos se trouvent les Cours du Chaos, où règnent les jeunes Seigneurs du Chaos qui ont succédé aux contemporains de Dworkin. Où sont passés ces derniers ? Nul ne le sait. Ils sont peut-être encore dans le Chaos Primaire, ou bien ils se sont mêlés à leurs descendants. Ils sont peut-être morts. Quelle que soit la réponse à cette question, les jeunes Seigneurs du Chaos assoient leur autorité sur cette moitié de l'univers à l'aide du Logrus, pouvoir du Chaos capable d'influencer Ombre et donc né du contact de la Marelle et du Chaos.
La guerre de la chute de la Marelle
Mais ce qui devait arrivé a fini par arriver. Des enfants d'Obéron ont fini par avoir assez d'ambition pour s'allier avec les Cours du Chaos afin de renverser leur père et prendre le pouvoir ; et tracer leur propre Marelle, créer leur propre univers, qui sait ? Le récit de cette guerre, la guerre de la chute de la Marelle (the Patternfall war) fait l'objet des cinq premiers tomes des Chroniques d'Ambre. Le roman est écrit à la première personne et le narrateur n'est autre que Corwin d'Ambre, fils d'Obéron et héritier pressenti par son père. Lisez donc cette saga fantastique pour découvrir la joyeuse ambiance qui règne au sein de cette famille, entre les tentatives d'assassinat, les conflits politiques et les complots cosmiques !
Du côté du Chaos
Les cinq tomes suivants des Chroniques d'Ambre changent de point de vue et d'atmosphère. Le narrateur n'est plus un prince d'Ambre âgé de plusieurs millénaires, cynique et expérimenté, presque blasé. Merlin est un jeune homme, fils de Corwin mais ayant grandi dans les Cours du Chaos, d'ascendance noble, bien éduqué et puissant, mais naïf et ignorant de bien des choses. Contrairement à Corwin, il n'est pas un acteur volontaire des aventures qui lui arrivent et tente du mieux qu'il peut de fuir cette histoire de fou et de faire exactement le contraire de ce qu'on attendrait de lui.
Cette seconde saga d'Ambre n'atteint pas les sommets littéraires de la première, mais présente cette particularité d'avoir un personnage principal qui donne l'impression de lutter contre l'écrivain du début jusqu'à la fin ! Elle est également riche en matériel et en détails utiles aux rôlistes. Elle présente en outres les Cours du Chaos sous un jour non maléfique, ce qui n'était qu'esquissé dans la saga de Corwin.